Tel 143 partenaire de SwissDonations

SwissDonations, une association suisse sans but lucratif fondée à Genève en 2021, s’est donné pour mission de soutenir les ONG suisses en les soutenant dans leurs activités de collecte de fonds. Leur plateforme numérique disponible en français, allemand et anglais simplifie le processus de don de manière sécurisée.

SwissDonations collabore avec 19 associations suisses actives dans divers domaines tels que la santé, le social, l’environnement, l’aide humanitaire, le développement et les droits humains. Les personnes qui le souhaitent peuvent facilement effectuer des dons à l’association souhaitée et utiliser la plateforme pour gérer leurs transactions.

En outre, la plateforme offre la possibilité de collecter des fonds lors d’événements spécifiques, comme des anniversaires, des jubilés, des courses d’entreprise, etc pour l’association de son choix. Il est également possible de commander des cartes cadeaux à offrir à ses proches grâce auxquelles ils peuvent ensuite soutenir une association sur la plateforme.

Nous vous invitons à visiter la page du Tel 143 sur SwissDonations  pour nous soutenir de quelque manière que ce soit.

Votre contribution compte !

Services de soutien en anglais très demandés

Après neuf mois de mise en service, « Heart2Heart » est de plus en plus sollicité

Après des débuts hésitants, le nombre d’appels a augmenté en juillet et août pour atteindre une moyenne de quatre conversations par soir. A ce jour, plus de 660 entretiens ont eu lieu.

« Heart2Heart » est joignable tous les jours de 18 à 23 heures au numéro 0800 143 000.

Nous remercions toutes les personnes qui ont attiré l’attention sur la nouvelle ligne anglophone « Heart2Heart » via des portails d’information anglophones en Suisse, des newsletters de la communauté anglaise, les médias sociaux ou des contacts directs.

Des dépliants et des affiches peuvent être commandés auprès du poste régional de Zurich.

Journée mondiale de prévention du suicide du 10 septembre 2023: pensées suicidaires en augmentation

Cette année encore, La Main Tendue est confrontée au thème du suicide à une fréquence supérieure à la moyenne. En 2023, le nombre de mentions a augmenté de plus de 34% par rapport aux 7 premiers mois de 2019, et de près de 11% par rapport à la même période en 2022. Le Tél 143 est l’une des plus anciennes organisations actives dans le domaine de la prévention du suicide, par le biais de nombreuses activités et la présence d’expert·es au niveau local et national.

Tendance à la hausse ininterrompue de la suicidalité

prévention-suicide-tel-143Alors que de nombreux thèmes d’appels sont retombés à des niveaux prépandémiques, le nombre d’appels évoquant des pensées suicidaires continue d’augmenter. Concrètement, ce thème est abordé plus de 19 fois par jour au cours des 7 premiers mois de 2023. Au cours de la période de comparaison de 2019, la valeur était nettement plus basse avec un peu plus de 13 mentions.

Bien que les entretiens avec des mineurs ne représentent qu’environ 1% du total, le nombre d’entretiens avec ce groupe d’âge a augmenté de plus de 8% entre janvier et juillet 2023. Comme ce groupe d’âge est connu pour ne pas privilégier les conversations téléphoniques, on ne peut qu’imaginer la détresse qui les pousse à appeler.

Le suicide peut être évité : en parler apaise

La Main Tendue contribue à la prévention du suicide en offrant une oreille attentive et empathique aux personnes qui souhaitent partager leur désespoir, leurs inquiétudes et leur stress.

Tél 143 s’engage aussi lors d’événements régionaux de prévention et au sein de réseaux de lutte contre le suicide, donne des conférences et organise des cours de formation à l’écoute en adéquation avec la demande des entreprises et des institutions.

La volonté d’adopter une attitude empathique et d’aborder ouvertement le thème des « pensées suicidaires» revêtent aujourd’hui plus que jamais une importance capitale et peuvent apporter une contribution significative à la prévention du suicide.

Parler peut sauver. N’hésitez pas à aborder les personnes de votre entourage qui vous semblent en avoir besoin. 

10 septembre: Journée mondiale de prévention du suicide

À cette occasion, nous vous invitons à découvrir un magnifique dialogue entre un répondant du Tél 143 – La Main Tendue et la journaliste Francesca Sacco. Cet échange très émouvant est extrait de l’ouvrage « La magie de l’écoute»*

Francesca Sacco. – Questce qui vous a amené à faire ce travail?

Jean-Philippe. – Pendant longtemps, sans connaître véritablement l’échec, j’étais régulièrement dans des situations de non-accomplissement. J’ai fini par me retrouver en très mauvaise posture, avec deux options: me laisser aller ou rebondir. Me suicider était quelque chose que j’envisageais parfois en allant me coucher le soir, mais je savais au fond de moi que je voulais rebondir. Un jour, j’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un qui m’a amené à faire un travail sur moi-même. J’ai eu envie de devenir celui que j’étais vraiment. Puis, dans un stage de développement personnel, un formateur m’a donné des infos sur l’écoute active. Pourquoi est-ce que j’ai noté ces infos? Je ne sais pas. Mais dans les jours qui ont suivi, j’ai pris contact et, une année plus tard, je devenais bénévole. C’est un chemin qui n’a pas été facile…

FS. – Pourquoi?

JP. – Parce que c’est un travail qui demande une déconstruction plus ou moins importante selon les individus. Donc c’est une forme de douleur. Mais c’est aussi ce qui permet de se reconstruire. C’est long. Le processus de formation dure neuf mois. Et ensuite, ce n’est pas terminé. De loin pas. Mais je sentais que le fait d’aider les autres m’aiderait moi-même. En fait, c’est la meilleure chose qui me soit arrivée en matière d’accomplissement personnel. Travailler ici n’est pas une obligation, mais je me sens obligé de donner de ma personne pour me sentir mieux. Aujourd’hui, je fais partie de la commission des formateurs et cette nouvelle position me pousse encore plus en dehors de ma zone de confort. Avec les stagiaires, la remise en question est quasi permanente.

FS. – Comment avez-vous senti que vous pourriez faire ce travail?

JP. – (Réfléchit longuement.) C’était une sorte de certitude. Pas une certitude de réussite, mais la certitude que j’y trouverais une place, ma place. Je croyais en ma volonté d’être là, voilà.

FS. – Une sorte de sentiment indiscutable d’être au bon endroit?

JP. – Oui, c’est bien résumé. (Réfléchit.) Vous pourriez répéter?

FS. – Une sorte de sentiment indiscutable d’être au bon endroit…

JP. –… au bon moment. Vous pouvez rajouter « au bon moment».

FS. – Quelles sont les qualités sur lesquelles vous pensiez pouvoir vous appuyer?

JP. – Ne sachant pas où j’allais, je pouvais difficilement prétendre quoi que ce soit; je pouvais juste mettre en avant ce que j’avais envie de devenir. J’ai eu la chance d’avoir de très bons formateurs, qui m’ont aidé à boucler le processus. Le fait que je me sois énormément investi a été l’un des facteurs clés de la réussite. J’ai combattu les résistances de mon ego pour me comporter en «bon petit soldat». C’est pour ça que je dis que le processus s’est un peu fait dans la douleur. J’ai tout accepté, tout appliqué avec soumission – même si je n’aime pas ce mot, parce qu’il est un peu péjoratif.

FS.–Vous diriez que vous aviez une posture apprenante?

JP. – Oui, tout à fait.

FS. – Donc, vous veniez pour apprendre?

JP. – Oui et non, parce que je n’avais pas vraiment conscience d’être en train d’apprendre. Sur le moment, je ne crois pas avoir réfléchi aussi loin. J’ai accepté de me remettre en question sans imaginer ce que ça impliquerait. Je ne savais pas ce que j’apprendrais. Et j’ai appris des choses que je n’aurais jamais soupçonnées.

FS. – Comme quoi?

JP. – Vous savez, certains appelants disent qu’ils n’arrivent même pas à se lever le matin… Quand vous découvrez cette réalité, c’est comme si deux mondes entraient en collision.

FS. – Vous avez découvert un autre monde?

JP. – Oui.

FS. – De loin, on pourrait penser que vous menez une double vie…

JP. – Oui, tout à fait. C’est une double vie, mais ça n’a rien de douloureux. Je ne pourrais pas vivre en permanence dans ce monde, mais je ne pourrais pas non plus y renoncer complètement. J’ai besoin de venir travailler ici. Cette double vie me convient parfaitement dans le sens où… je peux utiliser un mot cru?

FS. – Oui.

JP. – J’ai le sentiment que ça m’empêche de devenir con. L’écoute me nourrit. J’ai besoin de la nourriture que je reçois à travers les appelants, la formation continue et les échanges avec mes collègues. Il y a aussi la nourriture que je trouve en pratiquant l’introspection. Les appelants m’aident beaucoup à développer cette capacité à me nourrir moi-même.

FS. – C’est-à-dire?

JP. – Être confronté à des personnes qui, pour la plupart, sont beaucoup plus en souffrance que moi me permet de prendre conscience de ce que j’ai. On entend parfois parler dans les médias des gens qui ne vont pas bien, mais là, c’est du concret, je leur parle, je suis en interaction avec eux. Ils m’obligent à revoir mes idées préconçues, à développer mon empathie, à sortir de ma zone de confort. Et ça, c’est gratifiant. Quand je suis épuisé parce qu’il est trois heures du matin et que je sais que je vais devoir enchaîner avec une journée de boulot, je me dis: « Ouah, c’est incroyable ce que je fais! »

FS. – Parlez-moi des nuits.

JP. – On commence à minuit et on finit à huit heures du matin. J’arrive parfois en avance, aux alentours de vingt-deux heures trente, et j’essaie de dormir un peu avant de prendre mon service.

FS. – Est-ce que vos proches savent que vous travaillez ici?

JP. – Oui. Je le leur ai dit pour ne pas vivre dans les non-dits. Ce serait quand même paradoxal de tenter d’éviter les non-dits ici et de les accepter à l’extérieur!

FS. – Un appel qui vous a particulièrement marqué?

JP. – (Réfléchit.) Il y en a un qui remonte à une semaine. Statistiquement, le suicide concerne 1% des appels, donc c’est très rare. Jusque-là, je n’avais encore jamais parlé à quelqu’un qui me dit qu’il va mourir, là, tout de suite. Eh bien, c’est ce qui est arrivé. Un homme a téléphoné depuis un pont d’autoroute, il était prêt à sauter. Il appelait pour la première fois et il était un peu honteux de le faire. Il pleurait beaucoup. Mais ça s’est très bien terminé, puisqu’il n’est pas passé à l’acte. Il est rentré chez lui, il a pris une douche et est allé se coucher.

FS. – Comment vous le savez? Il vous a rappelé?

JP. – Non, il est resté en ligne. Il a quitté ce pont et il est monté dans sa voiture pour rentrer chez lui. En l’espace d’une heure, nous sommes arrivés, ensemble, à renverser la situation. J’en ai encore la chair de poule quand je vous en parle. Je veux dire, j’ai une boule dans la gorge. (Les larmes lui montent aux yeux.) Je suis désolé… (Observe un long silence.)

FS. – Qu’est-ce que vous lui avez dit?

JP. – Je ne sais pas si je peux résumer ça en quelques mots. (Observe un long silence.) C’est drôle, ça s’est bien terminé et pourtant je suis encore émotionné… C’était un échange incroyable. Je l’ai entendu, écouté. J’ai exprimé mon inquiétude pour lui, tout en étant très attentif à ce qu’il me disait. Il souffrait le martyre depuis sept mois, il était épuisé. D’ailleurs, il disait qu’il était au bout du rouleau. Ensuite, je me suis permis de lui poser des questions et je n’ai pas eu peur de le confronter à sa situation ni de le voir descendre encore plus profondément dans sa souffrance. À un moment donné, j’ai senti qu’il fallait tenter autre chose et je me suis livré un peu, en fait. Je lui ai demandé s’il était d’accord que je lui fasse part de quelque chose de personnel. Il a répondu oui et je lui ai raconté un épisode difficile de ma vie, en quelques mots, sans entrer dans les détails. Ça a déclenché quelque chose en lui. Il m’a dit: «Alors vous aussi, vous pouvez ressentir… ?» Et tout à coup, il s’est mis à me parler comme si j’avais été physiquement près de lui. Nous avons parlé de manière plus intime. J’ai senti qu’il commençait à entrevoir une autre issue. Il a cessé de pleurer, a respiré un grand coup et a soupiré: « C’est incroyable ce que tu me dis… »

FS. – Vous vous êtes tutoyés?

JP. – Oui, au bout d’une demi-heure.

FS. – Comment est-ce que vous vous sentiez?

JP. – (Réfléchit.) C’était un moment solennel. Pas dans le sens « grand discours». On aurait dit un aparté au milieu de cet échange un peu confus. Je me souviens que j’étais calme. Je n’ai pas eu besoin de chercher mes mots, j’ai parlé comme je le sentais, lentement. J’étais très authentique, vraiment très authentique… C’était solennel dans le sens que ça avait de l’importance – et ça, je suis sûr qu’il l’a ressenti. Il est passé du statut de la victime qui est en train de grelotter sur ce pont à celui de la personne qui s’apprête à accueillir une confidence. Mais nous n’étions pas dans un rôle inversé, hein. J’étais toujours «garant du cadre», comme on dit.

FS. – Est-ce que ce travail vous a changé?

JP. – Je dirais plutôt qu’il m’a transformé. Le verbe changer signifierait que je ne suis plus le même; or je suis toujours le même, mais avec quelque chose en plus. Je n’ai pas envie de renier mon passé, car c’est une partie de moi-même qui m’a mené là où je suis aujourd’hui. Je suis devenu plus serein, plus confiant. Moins sensible aux critiques comme aux compliments. Quand je surréagis, je suis capable de le reconnaître et de me reprendre. Mon ego me manipule encore, mais je sais que je peux le déjouer. Et si j’ai toujours des jugements, j’arrive à les stopper et je n’ai pas besoin de m’autoflageller en pensant « je suis nul » parce qu’un jugement m’a traversé l’esprit. En fait, je suis toujours dans le jugement, mais moins souvent et moins longtemps. Un autre truc que j’ai observé, c’est que je suis capable d’éprouver des émotions plus fortes, plus profondes. Par exemple, il m’arrive de pleurer en regardant un film. C’est quelque chose que je n’aurais pas pu faire il y a dix ou quinze ans. (Pause) En fait, je transfère dans ma vie privée des choses que j’apprends ici et vice versa. Mais je refuse d’être un répondant pour mes proches: pour eux, je reste Jean-Philippe.

FS. – Vous avez des rituels?

JP. – Non, du tout. Mais c’est intéressant, comme question. Parfois, je fais exprès de répondre depuis une autre pièce que le bureau d’écoute, pour éviter la routine. Je sais qu’il y a des collègues qui ont besoin de rituels ou de repères, mais moi, je me méfie des habitudes, de toutes les habitudes, y compris de celle qui consiste à répondre toujours depuis le même endroit. Et c’est drôle, parce que j’ai l’impression que ça change ma façon de répondre. Je ne réponds pas mieux, ni plus mal, mais différemment. Et c’est le but. J’ai envie de me maintenir dans un état d’attention permanente pour être aussi réactif et créatif que possible. Parce que vous ne savez jamais à quoi vous attendre quand vous commencez un service. Est-ce qu’il y aura dix, vingt ou quarante appels ? Des histoires dramatiques, surprenantes?

FS. – Donc, le fait de ne pas avoir de rituels devient un rituel pour éviter la routine…

JP. – C’est ça. Mon rituel est de ne pas avoir de rituels. (Sourit.) J’ai envie de rester complètement neuf, ouvert, et Dieu sait que c’est difficile ! En fait, je n’y arrive jamais…

FS. – Pourquoi?

JP. – Parce que c’est illusoire. J’ai quarante-cinq minutes de route à faire pour arriver ici. J’essaie d’utiliser ce laps de temps pour me mettre dans une bonne disposition d’esprit. C’est une forme de préparation mentale. Mais quarante-cinq minutes, ça reste court… Alors si, en plus, je devais exécuter des rituels, ce serait tout simplement impossible! Mais c’est une vraie question, ça : comment réussir à passer d’un monde à l’autre…

FS. – Vous faites quoi pour vous ressourcer?

JP. – Je profite des moments de partage avec l’équipe. Mais je crois à la nécessité d’une réponse globale. Au fond, ça relève de l’hygiène de vie. Donc, j’essaie de vivre d’une manière qui ne soit pas contradictoire avec ce que je fais ici. Je cherche à m’entourer de gens sereins, ouverts. Et là, je constate une chose étonnante, c’est que ce travail n’est pas seulement un enrichissement. Il comporte aussi un risque d’appauvrissement.

FS. – Comment ça?

JP. – Eh bien, il y a des gens que je ne vois plus… Je me suis rendu compte que nous n’avions plus les mêmes envies ou les mêmes intérêts. Il y a des soirées auxquelles je ne vais plus, parce que je sais d’avance que je ne me sentirai pas à l’aise. Parfois, je souffre de ne pas pouvoir parler davantage de ce que je vis ici sur le plan humain. C’est comme s’il y avait deux mondes qui ne se rencontraient pas…

FS. – Mais ici, vous êtes tous du même monde?

JP. – Oui, exactement. On est une cinquantaine et on sait qu’on peut se comprendre, parce qu’on parle le même langage. Bon, d’accord, il y a des fois où on n’y arrive pas… mais dans ce cas on le sait aussi et ce n’est pas un problème. On ne cherche pas nécessairement à se comprendre tout le temps.

FS. – Comment se déroule un appel?

JP. – Il n’y a pas d’appel type. Parfois, on entend juste une respiration et la personne raccroche aussitôt. On peut aussi avoir affaire à un habitué qui, à force d’appeler, ne sait même plus comment se présenter. Tous les cas de figure sont possibles. Moi, j’essaie de créer tout de suite de la confiance, parce que c’est seulement à partir de là qu’on peut faire un bout de chemin ensemble. Mais très souvent, le plus intéressant c’est ce qui se passe une fois que la personne a raccroché.

FS. – Comment vous le savez?

JP. – Eh bien, parce qu’il y a beaucoup d’habitués avec lesquels on est par définition amené à reparler, et qu’ils nous le disent. Et puis c’est assez normal de repenser à une conversation… et c’est souvent à ce moment-là que des choses peuvent se débloquer. (Pause) Si je résume, un appel c’est: accueillir, mettre en confiance, créer un lien et essayer de faire un petit bout de chemin ensemble.

* La magie de l’écoute. Entretiens avec des bénévoles de La Main Tendue et de S.O.S Amitié. Editions Georg, 2018, 224 pages. EAN13:9782825710852. Peut être commandé directement sur le site de l’éditeur.
Francesca Sacco a su, avec cet ouvrage, ouvrir une fenêtre sur le monde de l’écoute, pour mettre en mots un véritable bol d’air d’humanité, de bienveillance et d’attention portée à l’autre.

Tanja Kocher élue présidente du comité national de l’Association Suisse du Tél 143

L’assemblée des Délégué·e·s de l’Association suisse « Tél 143 – La Main Tendue » a élu Tanja Kocher comme Présidente de l’Association Suisse. Elle succède à Christian Budry.

Tanja-Kocher-Präsidentin-Vorstand-Schweizer-Verband-Tel-143Tanja Kocher (56 ans) est une experte en communication, propriétaire de Holisticom Consulting, une société de conseil en leadership stratégique et en communication. Elle est aussi active en tant que conférencière auprès de Rochester-Bern Executive Programs et d’autres écoles de commerce. Cette historienne de formation bénéficie d’une longue expérience en gestion, en tant que responsable de la communication et du marketing dans le secteur financier et de l’administration fédérale. Auparavant, elle a également travaillé comme rédactrice à Radio SRF.

En tant que présidente de l’Association suisse, Tanja Kocher souhaite soutenir La Main Tendue pour lui permettre de conserver son fort impact social et de continuer à se développer, tout en tenant compte des atouts régionaux.

 

« Nombre d’entre nous souffrent de solitude, d’angoisse par rapport à l’avenir, de problèmes relationnels et de stress. Les services que nous offrons permettent de soutenir les personnes se trouvant dans des situations de vie difficiles et ce, d’égal à égal. L’échange à bas seuil et personnel est et demeure important. Le Tél 143 a besoin de l’oreille attentive des bénévoles, du grand coeur des donateurs et de personnes engagées au niveau politique. C’est pour cela que je souhaite m’investir.»

 

L’ancien Président, Christian Budry, est décédé en janvier 2020. La disparition de cette personne compétente, engagée et chaleureuse a laissé un grand vide. Le Comité national est donc d’autant plus heureux d’avoir trouvé en Tanja Kocher une digne héritière.

Aux bénévoles anonymes qui ont aidé ma maman

« J’ai encore appelé le 143. Heureusement qu’ils sont là ! », voilà une phrase que prononçait souvent la mère de Francesca Sasso. Découvrez son témoignage et comment Tél 143 a pu aider sa mère.

J’avais environ huit ans quand La Main Tendue (Tél 143) a lancé une campagne d’affichage dans toute la Suisse. On y voyait l’une de ces cabines téléphoniques de l’époque, avec des vitres à petits carreaux opaques qui laissaient deviner la silhouette d’une personne en train d’appeler. Je me souviens être restée un long moment devant le panneau. J’avais enfin la réponse à une question que je me posais depuis longtemps : voilà qui sont ces gens qui consolent ma maman !

Quarante ans plus tard, devenue journaliste professionnelle, j’ai eu une autre révélation. J’étais en panne de sujets d’enquête et, comme toujours dans ces cas-là, je m’étais mise à lire tout ce qui me tombait sous la main. Ne me demandez pas comment c’est arrivé, mais j’ai trouvé sur internet un rapport d’un observatoire de la téléphonie sociale. Il y avait une phrase qui disait en substance que les services d’écoute comme La Main Tendue sont entourés de mystère, à cause de l’anonymat et de l’absence de contact visuel. On ne sait rien sur ces bénévoles qui se relaient 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, toute l’année, pour répondre aux appels de la population.

La phrase suivante m’a fait bondir de ma chaise : les auteurs affirmaient que ce voile de mystère est une bonne chose, car si l’appelant savait à quoi ressemble le bénévole qui se trouve au bout du fil, le charme serait rompu, la magie s’envolerait. Je conçois volontiers que l’anonymat soit utile. J’imagine même volontiers qu’il rassure. Mais comment peut-on soutenir que le fait de savoir est nuisible ?

J’ai bâti toute ma carrière sur la recherche de la connaissance et de la vérité. Quand je suis entrée en journalisme, on m’a appris que c’était précisément cela, le métier : la recherche de la vérité. Bien avant d’être objectif, le journaliste se doit d’être honnête. Et si l’objectivité n’est pas toujours à notre portée, il est toujours possible d’être honnête, car nous savons tous, au fond de nous, si nous le sommes ou si nous ne le sommes pas.

Ainsi, cette petite phrase a réveillé en moi une vocation profonde. Je me suis figée sur ma chaise, saisie par la gravité de l’instant. J’ai décidé de démontrer que non, le charme et la magie ne disparaîtront pas si les bénévoles du 143 se dévoilent. Je leur consacrerais un livre, dans lequel je leur donnerais la parole. L’espace d’une enquête, je serais le 143 du 143.

Le premier témoignage m’a fait l’effet d’un choc culturel. Si j’ai appris une chose au cours de mes longues années de métier, c’est que j’ai l’obligation, en tant que journaliste, de dire la vérité ; mais les gens que j’interroge ont le droit de mentir – et ils ne s’en privent pas. Or j’avais là, devant moi, une personne qui sonnait parfaitement authentique. C’était en fait la personne que j’avais toujours secrètement rêvé d’interroger !

Les mois ont passé. Les entretiens se suivaient et j’étais contente d’interviewer ces bénévoles avec beaucoup de professionnalisme, une juste distance émotionnelle, sans chercher dans leurs témoignages des correspondances avec mon propre cheminement. Mais un jour, cette phrase a brusquement refait surface : ” J’ai encore appelé le 143. Heureusement qu’ils sont là ! ”

Se peut-il que derrière la journaliste engagée à servir un intérêt supérieur, il y ait eu cette petite fille de huit ans qui espérait peut-être pouvoir, un jour, rendre aux bénévoles du 143 ce que sa mère leur avait pris ? D’une certaine manière, je suis une enfant du 143. La chaleur humaine que ces bénévoles essaient de répandre dans le cœur des appelants ne suffit pas toujours à rallumer une flamme de vie. Mais mon goût pour la recherche de la vérité, ma sensibilité journalistique prouvent que des paroles bienveillantes peuvent, par une sorte de dissémination indirecte, profiter à une autre personne que celle à qui on les dit.

Rien ne se perd en ce monde.

* La magie de l’écoute. Entretiens avec des bénévoles de La Main Tendue et de S.O.S Amitié. Editions Georg, 2018, 224 pages. EAN13:9782825710852. Peut être commandé directement sur le site de l’éditeur : https://www.georg.ch/la-magie-de-l-ecoute

Journée d’action pour renforcer la santé psychique: Monsieur le Conseiller fédéral Alain Berset visite le Tél 143

Le conseiller fédéral Alain Berset visitera un poste de La Matin Tendue dans le cadre de la journée d’action du 10 décembre 2020. Tél 143 attirera son attention sur les besoins et les préoccupations des personnes à la recherche de soutien et sur un aperçu de l’association, gérée 7 jours sur 7 et 24h/24 de manière professionnelle. Le Conseil fédéral et l’OFSP ont initié cette journée d’action en collaboration avec six organisations et deux grands médias. Son objectif : contribuer à renforcer la santé mentale durant la crise Covid.

Visite au sein d’un poste régional

Le 10 décembre 2020, le conseiller fédéral Alain Berset visitera l’un des douze postes du Tél 143 et pourra s’imprégner concrètement des activités d’une des plus anciennes organisations actives dans le domaine du soutien psychosocial de base. Les dernières statistiques de cette année de pandémie permettront d’illustrer les préoccupations majeures de la population et feront émerger les profils généraux des personnes qui font appel au Tél 143. En outre, une courte présentation expliquera comment s’organise une association dont les services sont accessibles 7 jours sur 7 et 24h/24, ainsi que les principaux défis liés à cette pandémie.

Objectifs de la Journée d’action

La Journée d’action a trois objectifs :

  1. Informer toutes les personnes en situation de souffrance psychologique ou très inquiètes pour leurs proches des possibilités d’aide faciles d’accès et à bas seuil. La plate-forme « Santé Psy » offre un bel aperçu des services disponibles en Suisse romande. Pour celles et ceux qui ne souhaitent pas faire trop de recherches : appelez le Tél 143 – selon un sondage représentatif réalisé par l’OFSP, près de 80% des personnes interrogées connaissent les services de La Main Tendue. Ce mois de décembre, le Tél 143 a encore augmenté sa disponibilité d’écoute et se veut accessible à tous, même les jours fériés. Parler soulage !
  2. La question de la santé mentale devrait continuer d’être abordée pour cesser d’être un tabou. Pour y parvenir, les témoignages, les interviews et les récits des personnes ayant le courage de parler de la charge mentale générée par le contexte de la pandémie sont très importants. L’Association Suisse Tél 143 a été conviée à l’émission de la télévision alémanique « Club », lors d’une édition spéciale dédiée aux questions en lien avec la solitude et la santé mentale en ces temps de pandémie.
  3. Enfin, la population devrait être sensibilisée au thème de la santé mentale – pour son propre bien-être d’abord mais aussi pour son environnement : comment est-ce que je me sens en ce moment présent ? Comment te sens-tu vraiment ? Que puis-je entreprendre pour m’assurer que moi et mes proches nous sentions bien, notamment pendant les longs mois d’hiver avec la crise Corona ? La campagne « Comment vas-tu ? » encourage les gens à s’intéresser de plus près à leur santé mentale. L’application qui l’accompagne favorise l’expression des émotions.

Tél 143 offre une prise en charge psychosociale à bas seuil

Récompensée par le Prix Courage à l’automne 2020, La Main Tendue joue un rôle important dans le système social et sanitaire suisse. D’une part, les personnes qui cherchent de l’aide bénéficient directement de ses services. D’autre part, La Main Tendue sert la société toute entière en comblant de manière peu coûteuse une importante lacune au niveau des soins psychosociaux de base, tout en fournissant un travail de prévention dans les domaines de la violence et du suicide. L’augmentation de la disponibilité des services du Tél 143, rendue nécessaire par davantage de demandes de personnes en souffrance émotionnelle en raison de l’évolution de la pandémie a – pour la toute première fois, amené la Confédération à fournir un soutien financier.

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La Main Tendue remporte le Prix Courage «Lifetime Award» 2020

La Main Tendue remporte le Prix Courage « Lifetime Award » 2020 pour la récompenser de son engagement de plus de 60 ans dans le domaine du soutien par téléphone. Ce prix symbolise la reconnaissance publique de nombreuses années de travail anonyme en faveur de personnes en situation de détresse émotionnelle. La remise de prix aura lieu le 30 octobre.

Tél 143 repose sur le bénévolat

Peu de gens le savent : le fonctionnement de La Main Tendue repose essentiellement sur les bénévoles qui oeuvrent au sein de l’association. C’est uniquement grâce à l’engagement non rémunéré d’innombrables bénévoles que le service a pu être maintenu depuis plus de 60 ans. Ces derniers s’investissent au sein du Tél 143 sur une durée moyenne de 8 à 10 ans – un engagement remarquablement long.
Les bénévoles demeurent incognito car l’anonymat et la confidentialité constituent les valeurs centrales absolues du Tél 143, tout comme le fait de respecter les valeurs des appelant·e·s et d’être accessible par tout le monde. Ce type de bénévolat demande du courage : il faut être capable de prendre sur soi pour gérer les soucis, les larmes et les craintes de personnes désespérées, tristes et solitaires. Il faut du courage pour continuellement remettre en doute ses propres modes de pensée et de communication au sein de groupes d’intervision et de supervision. Il faut du courage pour suivre une formation de neuf à douze mois dans un contexte sociétal en perpétuel mouvement et pour s’engager à assurer chaque mois de nombreuses heures de permanence. Il faut du courage pour rester humble et ne pas faire grand bruit de ce dévouement chronophage. C’est pourquoi les remerciements pour ce prix vont en premier lieu aux bénévoles actifs et à ceux qui les ont précédés.

La valeur d’une écoute de qualité reste sous-estimée

Les bénévoles perçoivent comme un enrichissement personnel significatif les compétences qu’ils acquièrent dans le cadre de leur formation en matière de communication, en particulier l’écoute active, utile dans et en dehors de La Main Tendue. Lors des entretiens qu’ils assurent, ils ne donnent pas de conseil, ni ne prétendent savoir ce qui est bon pour la personne qui se trouve à l’autre bout de la ligne. C’est la rencontre avec l’autre qui se trouve au premier plan, teintée de respect dans un rapport d’égal à égal.
Il est à la fois étonnant et effrayant de constater à quelle fréquence cette même plainte est sans cesse répétée : « Personne ne m’écoute vraiment ». Des études internationales le prouvent également : la valeur de l’expertise psychologique est surestimée, tandis que la valeur de la simple écoute est sous-estimée. Une conversation empathique peut avoir un effet apaisant, montrer de nouvelles perspectives, voire sauver des vies.

Les services du Tél 143 : un besoin d’avenir

Depuis 1953, les personnes rencontrant des problèmes ou se trouvant en situation de crise aigüe bénéficient d’une oreille attentive auprès du Tél 143. En 1960, l’Association suisse a vu le jour et les services de soutien par téléphone ont été étendus à toute la Suisse. Plus de 60 ans après la création de l’Association, les services du Tél 143 demeurent fortement sollicités : chaque année, le nombre d’appels augmente d’environ 3 % et la demande par tchat est élevée. Le nombre de foyers composés de personnes seules est en constante augmentation et entraîne sans doutes avec elle la nécessité d’extérioriser la solitude ressentie, de parler des soucis du quotidien ou de discuter de questions existentielles. Ainsi, dans les années à venir, la population continuera certainement d’avoir besoin de services tels que ceux proposés par le Tél 143.

Tél 143 assure une prise en charge psychosociale de base

En tant qu’association indépendante et à but non lucratif connue au niveau national, La Main Tendue joue un rôle important dans le système social et sanitaire suisse. D’une part, les personnes qui cherchent de l’aide bénéficient directement de ses services. D’autre part, La Main Tendue comble de manière peu coûteuse une importante lacune au niveau des soins psychosociaux de base tout en fournissant un travail de prévention et sert ainsi la société toute entière. Le Prix Courage contribue à donner encore plus de visibilité et de poids politique au Tél 143 et à permettre à l’association d’adapter ses services aux nouveaux besoins sociaux – tels que les services par tchat ou via une application accessible à tous, et d’être financée de manière durable.

10 septembre: journée mondiale de prévention du suicide

Une personne sur deux a pensé au suicide, et vous? Notre cerveau peut nous envoyer le message que seul le suicide mettra fin à tous nos problèmes. En Suisse, chaque jour deux à trois personnes décèdent d’un suicide selon l’Observatoire Suisse de la Santé (OBSAN). Ces chiffres ne concernent pas le suicide assisté.

Un proche vous parle de ses pensées suicidaires, cela vous laisse peut-être sans voix ou vous craignez de ne pas avoir les compétences pour lui répondre. Parlez avec elle ou lui, demandez lui comment vous pouvez l’accompagner dans ce moment difficile, proposez-lui de se confier à son médecin traitant ou un service d’urgence, de téléphoner à La Main Tendue au 143 (tchat ou mail sur www.143.ch/fr). Pour les jeunes, le 147 répond également H24. En cas d’urgence vitale, l’ambulance au 144 ou la police au 117.

En ce jour, nous pouvons repasser le film d’une personne proche partie précocement par suicide. Ces drames nous laissent un profond sentiment d’impuissance, les bras ballants et une foule de pourquoi restés sans réponses.

Être témoin d’un suicide est une terrible expérience « de vie », à l’instar des conducteurs de train. Cette vision et les sons associés peuvent s’ancrer en nous de manière durable et nécessiter un accompagnement.

On peut peut-être aussi se remémorer des pensées suicidaires qui, durant une période, ont envahi notre quotidien, à toute heure et de manière furtive. Remonter la pente ne fut pas simple. Par chance, on est toujours là, parfois fragile. La vie a offert de nouvelles opportunités ou des beaux moments partagés, les soucis sont devenus gérables ou appartiennent au passé. Réapprendre à se faire confiance, parfois millimètre par millimètre, n’est pas chose aisée. Chaque jour permet d’écrire une nouvelle page et de prendre un nouveau départ ou d’accepter ce qui est. Les épreuves de la vie sont bien souvent des révélateurs de ce fil qui nous relie à nos ressources personnelles, corde d’alpinisme ou fil de soie par endroit.

Depuis plus de 10 ans, Tél 143 – La Main Tendue est présente au Paléo Festival à Nyon pour informer le public de son offre. Je garde un souvenir très vif d’une dame, un peu gênée, qui contournait notre stand. Je lui ai souris, mon regard lui disait, ce sourire est pour vous. Après hésitation, elle s’est finalement approchée, a respiré un bon coup puis, troublée elle me dit « Si je n’avais pas appelé le 143, je ne serais pas à Paléo aujourd’hui ». Ce fut mon tour d’être émue, heureuse pour elle et les bénévoles qui se relaient H24 au 143 pour offrir une écoute bienveillante, confidentielle et anonyme. Au cours de cet appel, elle a ressenti que la répondante n’hésitait pas à la rejoindre « tout au fond du trou ».

La Main Tendue a ouvert son premier poste d’écoute à Zurich en 1957. Les cantons ou les régions suivirent au gré des volontés locales, couvrant petit à petit tout le territoire suisse et le Lichtenstein avec 12 postes d’écoute. Bien que le thème du suicide ait été la première motivation pour ouvrir des lignes d’écoute, bien vite, il s’est avéré indispensable de devenir généraliste pour toutes les problématiques existentielles, offrant ainsi une meilleure prévention pour le suicide. Service à bas seuil, chacun possédant un téléphone, gratuit et disponible 24h/7 jours, le Tél 143 est rapidement devenu le premier service d’aide en Suisse. Idéalement, les appelants qui ont des soucis à caractère non urgent devraient attendre le jour pour appeler le 143, laissant ainsi toute la disponibilité pour accueillir les appels d’urgence.

Chaque poste de La Main Tendue est indépendant financièrement et doit assurer sa pérennité grâce aux dons et aux subventions (variables d’une région à l’autre, environ 50% du budget pour le canton de Vaud). De nouveaux répondants sont recrutés chaque année, puis formés pendant environ neuf mois. Par la suite, les bénévoles sont actifs près de 25 heures par mois pour de l’écoute et de la formation continue. Un bénévolat passionnant qui donne du sens et des compétences approfondies, suffisamment motivant pour que les collaborateurs demeurent en moyenne près de huit ans au service de l’association.

En Suisse et au Lichtenstein, les pensées suicidaires sont évoquées au Tél 143 au gré des 250’000 appels annuels. De 2015 à 2019, le nombre d’appels ayant pour thème le suicide est passé de 2’600 à 4’700 par année, alors que le nombre de suicides a diminué. On ne peut que se féliciter que les personnes prennent de plus en plus leur courage à deux mains pour faire appel à Tél 143 ou online sur www.143.ch/fr pour demander de l’aide.

Répondre aux appels durant la nuit au Tél 143: un défi exigeant à relever

Chaque bénévole du Tél 143 met en place une stratégie qui lui convient pour être en forme avant d’assurer une permanence de nuit – sieste en fin de journée, cafés au pluriel, méditation, yoga, … Et pendant leur permanence, certain·e·s répondant·e·s tentent de somnoler entre les appels alors que d’autres peinent à se rendormir après un appel intense. Découvrez les témoignages de 3 de nos bénévoles.

Il n’y a pas une nuit qui ressemble à une autre, mais rares sont les nuits avec peu d’appels. Certains appels ne présentant pas de situations véritablement urgentes pourraient sans autre attendre le matin ; cela laisserait ainsi de l’énergie pour répondre à des personnes angoissées ou victimes de violence ou encore, envahies par des pensées suicidaires.

Les répondant·e·s ont mis sur papier leurs pensées, leurs images, leurs découvertes de l’Autre. Ceci pour relever le défi de faire une nuit au 143 et peut-être faire sienne la stratégie des collègues, une fois par mois, être seul·e pendant huit heures au 143.

Voici donc le témoignage de trois de nos bénévoles :

  • Émile (nom d’emprunt)

Faire une nuit au 143, c’est déjà y penser toute la journée. Je sais que ma nuit sera différente.

Un rituel s’est installé, après le souper, je m’isole une ou deux heures pour être juste en ma compagnie. Une manière de me recentrer pour aborder la nuit.

Mon mari me fait une verveine et me souhaite bon courage. Aurait-il lui aussi besoin d’un rituel pour préparer ma nuit au 143 ?

Dès le départ de la maison, je me transforme en veilleuse de nuit. Les lumières allumées aux fenêtres m’interpellent. L’ambiance cotonneuse du poste rend les voix douces plus douces, les colères et les douleurs plus violentes.

Il n’y a pas de parasites et il en résulte un partage de l’intimité particulier. Je ressens également une responsabilité importante face à l’appelant, dans la profondeur de la nuit.

Tous ces éléments sont à la fois attirants et troublants.

Quand je repars du 143, quelque chose s’est passé entre les appelants et moi qui me booste pour la journée.

  • Véronique (nom d’emprunt)

J’arrive au poste bien avant minuit, détendue, après avoir dormi quelques heures, la circulation sur l’autoroute était fluide. Le temps d’échanger quelques mots avec le collègue qui termine son service, je l’accompagne vers l’ascenseur et ferme la porte à clé. Ainsi je me sens “chez moi”.

Je prépare mon lit : ma taie d’oreiller, mon sac de couchage et, par précaution, je mets mon réveil à 7h30 (je n’aimerais pas que le collègue qui viendra me relayer demain matin me trouve endormie…).

La première partie de ma nuit ressemble à un service en soirée, les appels se succèdent à un rythme soutenu, les 2èmes lignes également. Est-ce qu’un programme de télévision vient de se terminer ?

Vers les deux heures, parfois plus tôt, parfois plus tard, l’atmosphère change subitement. Tout à coup, il n’y a plus d’appels et je suis entourée par le silence. C’est alors que me viennent des images :
• Je suis le guet et je veille sur la ville endormie, je protège le sommeil de ceux qui se reposent
• Je suis un phare, un guide pour les bateaux qui, en relais avec d’autres phares, leur permet de trouver leur chemin dans la nuit sans heurter les rochers
• Je suis le capitaine de ce bateau au long cours voguant vers des horizons lointains et s’orientant à l’aide des étoiles….

Je me sens alors solidaire de tous les gens de la nuit, faisant partie de cette chaîne humaine qui vit en décalage. Je suis à mon poste, je me sens à ma place, je suis bien…

Les bruits de l’immeuble me surprennent tout de même un peu. Habituée à vivre dans une maison familiale où je n’ai jamais peur, ils ne m’inquiètent pas vraiment mais je les trouve étranges…

Je somnole un peu, ou peut-être je m’endors plus profondément, et tout à coup “dring”. J’ai la chance d’être sur pied très rapidement et même si l’appelant me dit “Je ne peux pas dormir”, je suis prête à entrer en lien avec lui. Je sais par expérience qu’au milieu de la nuit, tout paraît plus compliqué et que les petits problèmes prennent de l’ampleur. Alors j’imagine bien qu’en cas d’insomnie, les appelants ressentent des angoisses et je suis justement là pour les accompagner, même si parfois je me sens un peu engourdie. Ensuite, j’ai la chance de pouvoir retrouver rapidement le calme, une respiration paisible qui me permet de somnoler à nouveau.

Par contre, si derrière le “dring”, il y a un appelant avec un problème difficile et très lourd, c’est comme si une douche froide me réveillait instantanément. Toutes mes facultés et mon potentiel d’émotions se mettent aussitôt en place, comme un puzzle dans un dessin animé. Et je sais qu’à la fin de l’appel, je n’aurai plus envie de dormir pour le reste de la nuit, je m’occuperai à lire, faire un jeu sur ma tablette ou dessiner en attendant les prochains appels.

Un peu avant 8 heures, quel plaisir d’entendre mon collègue arriver et de partager le petit déjeuner en bavardant avant de reprendre la route pour rentrer à la maison où je dormirai quelques heures…

  • Pascal (nom d’emprunt)

Je n’ai pas encore beaucoup de recul concernant les nuits de service.
Mais j’avoue que les nuits me faisaient « un peu peur »
Allais-je les supporter ? au niveau de la récupération surtout.
Et je me rends compte que oui et j’en suis moi-même étonnée…

Durant mes services de nuits, je me sens encore plus proche de l’appelant… pourquoi ?
L’enveloppement de la nuit ? peut-être…

J’ai aussi le sentiment que l’appelant se dévoile plus aisément que durant la journée… pourquoi cette impression ? Je n’ai pas encore trouvé la réponse.
Peut-être la même réponse qu’à la question précédente.

J’ai un petit « rituel » la nuit… Je suis un peu peureuse seule la nuit… Alors je prends toujours bien soin de fermer à clé la porte.

Tél 143 – La Main Tendue, une ligne d’écoute qui respecte la confidentialité, l’anonymat et les valeurs de la personne qui y fait appel. Le service est gratuit, hormis la taxe de base prélevée par le fournisseur de téléphonie. Également en ligne par Tchat ou Mail avec pseudonyme sur www.143.ch